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Full text of "Les traits éternels de la France: discours prononcé à Londres dans la salle ..."

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Harbarb CoHese Itbrarp 



FROM 



Mrs. L. T. Ams 
Cfiunbrldge 




LES TRAITS ETERNELS 
DE LA FRANCE 



Published on the Fond 

«jven to the Yale Univeraity Press 

in memary of 

D. CADY EATON 
of the Class of 1860, Yale GoUege 







d*. e^ ^Ui't^.^ /M4 



M0L^im4^»é^é^ am ^ tfSfé^^ ^ 



^Uk^ eâMu^ 




Par MAURICE BARRES 

DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE 

LES TRAITS ÉTERNELS 
DE LA FRANGE 

DISCOURS PRONONCÉ À LONDRES 

DANS LA SALLE DE LA SOCIÉTÉ 

ROYALE SOUS LES AUSPICES DE 

L'ACADÉMIE BRITANNIQUE LE 

12 JUILLET, 1916 

WITH NOTES BY 
FERNAND BALDENSPERGER 



NEWHAVEN 

YALE UNIVERSITY PRESS 

LONDON: HUMPHHEY MILFORD 

OXFORD UNIVERSITY PRESS 

MDCCCCXVIII 



\\ 9.ii 0. \i4.77 



«^ 



HARVARD 
UNJVtRSlTY 

UBRARY 



COPYRIGHT, 19 18, BY 
YALB UNIVERSmr PRB8S 



LES TRAITS ÉTERNELS DE 
LA FRANCE 

Mesdames, Messieurs, 

Dans sa Litanie des Nations ^ votre Swin- 
bume prête à la France, parlant à la 
Liberté, ces paroles: 

Je suis celle qui fut ton enseigne et ton 
porte-drapeau, 

Ta voix et ton cri; 

Celle qui te lava de son sang et te laissa 
plus belle, 

Je suis celle-là, la même. 

Ne sont-ce pas là les mains qui t*ont relevée 
gisante et t'ont nourrie, 

Ces mains meurtries P 

Ne suis-je pas la langue qui a parlé pour 
toi, Fœil qui t'a conduite ? 

Ne suis-je pas ton enfant P 

Cet éloge qui nous a été au cœur, il 
s'est trouvé depuis 1870 tant d'honunes 
et tant de pays pour croire que nous en 



2 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 

avions démérité I On doutait de nous, on 
disait: « Ils ne sont plus les mêmes . • • 
La France est une nation du passé, une 
vieille nation ...» 

Comme on insistait sur ce mot: une 
vieille nation! C'est vrai, la France exis- 
tait quand il n'y avait pas encore un 
sentiment allemand, un sentiment italien, 
anglais; c'est vrai, nous sommes la nation 
qui, la première de toute l'Europe, a eu 
l'idée qu'elle formait une patrie; mais on 
ne s'explique pas que ces grands titres 
aient pu nous discréditer auprès des na- 
tions plus récentes. 

Parmi ceux qui parlaient ainsi, beau- 
coup nous regardaient sans haine, par- 
fois même avec sympathie. La France, 
pensaient-ils, a accumulé, im immense tré- 
sor de vertus, de hauts faits, de services 
rendus, de gloires incomparables; mais, 
aujourd'hui, elle est au milieu de tout 
cela comme un vieillard au soir de la plus 
belle vie, ou mieux encore conmtie cer- 
tains aristocrates frivoles qui, d'une illus- 
tre ascendance, n'ont gardé que leurs 



LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 3 

titres de noblesse, de charmantes ma- 
nières, de superbes portraits, des tapisse- 
ries royales, des reliures écussonnêes, un 
luxe grandiose et suranné. 

C'est ainsi, nous le savons bien; on 
nous croyait frivoles, usés, trop riches, 
trop heureux, et faisant du plaisir le seul 
mobile de notre activité; les Français 
livraient à l'instinct et à la passion la 
conduite de leur vie; leur fin suprême 
était le bonheur, et l'on venait à Paris 
pour participer à ce bonheur . . . 

Injustes étrangers, quand le plaisir facile 
et cosmopolite de Paris vous enivrait, 
comment auriez-vous connu ce qui repo- 
sait au foyer français, qui a pour vertu de 
se tenir isolé de la rue passante, et ce qui 
fermentait dans des cœurs qui attendent 
toujours un cri de croisade et comme 
l'appel d'un monde surnaturel pour pro- 
duire et pour connsdtre eux-mêmes leur 
héroïsme P 



I 

Mois d'août 1914 1 L'appel aux armes 
retentit. Les cloches, dans tous les vil- 
lages, s'ébranlent sur la vieille église dont 
le fondement repose au milieu des morts. 
Elles sont redevenues soudain les voix de 
la terre de France. Elles convoquent les 
hommes, elles plaignent les femmes; leur 
clameur est si forte qu'il semble qu'elle 
pourrait briser la pierre des tombeaux, et 
tout de suite elle fait sortir du cœur 
français tout ce qu'il renferme. 

Les enfants, les femmes, les vieillards 
se dressent autour du soldat, l'accom- 
pagnent jusqu'au train . . . C'est le départ, 
non pas tel que Rude l'a sculpté dans le 
coup de vent de l'Arc de Triomphe, mais 
un départ plus tragique encore, les dents 
serrées : « Puisqu'ils le veulent, il faut en 
finir I » 

C'est le départ. Nous ne pouvons pas 
être à la fois dans toutes les gares de Paris 



LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 5 

et de toutes nos villes, sur tous les quais 
d'embarquement, ni sur tous ces bateaux 
qui ramènent de Tétranger les Français; 
voulez-vous que nous allions au cœur 
même de la France militaire, dans cette 
École de Saint-Cyr, où se forment les 
jeunes officiers ? 

Chaque année, à Saint-Cyr, a lieu en 
grande pompe la fête du Triomphe. On 
nomme ainsi une cérémonie traditionnelle 
où les jeunes gens qui viennent de passer 
deux ans à l'École, baptisent la promotion 
qui les suit et donnent un nom à leurs 
cadets. 

En juillet I9i4> cette cérémonie coïn- 
cida avec les événements qui, en se pré- 
cipitant, déterminèrent la guerre, et par 
là elle devait prendre un caractère plus 
grave. Le 3 1 du mois, le général com- 
mandant l'École fit savoir aux Montmirail 
(c'était le nom des aînés) qu'ils eussent à 
baptiser leurs cadets, le soir même, milî- 
tairement et sans les réjouissances tradi- 
tionnelles. 

Tous comprirent qu'ils allaient avoir 



6 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 

peut*etre dans la nuit à gagner leurs régi- 
ments respectifs. 

Écoutez un jeune poète de la promotion 
de Monlmirailj Jean Allard-Méeus, ra- 
conter à sa mère cette soirée déjà devenue 
légendaire chez nous: «Après le dîner, 
prise d'armes devant le capitaine et le 
lieutenant de garde, seuls officiers auto- 
risés à assister à cette cérémonie intime. 
Belle soirée; dans l'air, des parfums 
oppressés; l'ordre le plus parfait et le 
silence le plus grand. Les officiers de 
Montmirail avec le sahre, les c hommes » 
avec le fusil. Les deux promotions se 
miassent sur le grand terrain, sous le com- 
mandement du major de la promotion. 
Discours patriotiques fort bien; puis, au 
miUeu de l'émotion grandissante, j'ai dit 

« DEMAIN ». 

Soldats de notre illustre race. 
Dormez, vos souvenirs sont beaux I 
Le temps n'efface pas la trace 
Des noms fameux sur les tombeaux. 
Dormez; par delà la frontière, 
Vous dormirez bientôt chez nous! 



LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 7 

1 Jamais, ma petite maman, je ne dirai 
plus ces vers, car jamais plus je ne serai 
à la veille d'un jour de départ pour là-bas, 
au milieu de mille jeunes gens tremblant 
de fièvre, d'orgueil et de haine. J'ai sans 
doute trouvé dans mon émoi personnel 
l'accent qu'il fallait avoir, car j'ai fini 
mes vers au milieu d'un frisson général. 
Ahl pourquoi le clairon ne les a-t-il pas 
soulignés de Y Alerte? Nous en aurions 
tous porté les échos sur le Rhin ...» 

C'est dans cette atmosphère d'enthou- 
siasme que les jeunes officiers reçurent le 
titre de promotion de la Croix du drapeau, 
et c'est à ce moment que l'un des Mont- 
mirailj Gaston Voizard, s'écria: 

— Jurons que pour aller au feu nous 
serons en grande tenue, gants blancs et 
casoar au chapeau. 

— Nous le jurons 1 répondirent les cinq 
cents Montmirail. 

— Nous le jurons ! crièrent à leur tour 
les cinq cents Croix du drapeau. 

Terrible scène, trop française, toute 
pleine de l'innocence et de la bonne vo- 



8 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 

lonté admirable de ces jeunes gens, et 
toute pleine aussi de conséquences désas- 
treuses. 

Ils ont tenu leur vœu téméraire. Il 
n'est pas permis que je vous dise la pro- 
portion des morts. Les enfants char- 
mants que je viens de vous citer ne sont 
plus. De quelle manière sont-ils tombés ? 

Tous n'eurent pas leurs témoins, mais 
tous tombèrent à la façon du lieutenant 
de Fayolle. 

Le 22 août, Alain de Fayolle, de la 
promotion Croix du drapeau^ est à Char- 
leroi à la tête d'une section. Ses hommes 
hésitent. Le jeune sous-lieutenant a mis 
ses gants blancs. Mais il s'aperçoit qu'il 
a oubhé son casoar. Il tire de sa sacoche 
le plumet blanc et rouge et il le pique à 
son shako. 

— Vous allez vous faire tuer, mon lieu- 
tenant ! dit un caporal. 

— En avant I crie le jeime homme. 

Ses hommes le suivent, électrisés; quel- 
ques instants plus tard, une balle le frappe 
en plein front, juste au-dessous du plumet. 



LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE Q 

Le même jour, le 22 août iQili, Jean 
Allard-Méeus, le poète des Montmirail, 
tombe frappé de deux balles. 

Gaston Voizard, celui qui eut l'idée du 
serment, leur survécut de quelques mois 
seulement. Il semble s'en excuser dans 
la lettre charmante et déchirante que 
voici: 

25 décembre 1914. 

c n est minuit, mademoiselle et amie, et, 
pour vous écrire, j'enlève à l'instant mes 
gants blancs (oh ! n'admirez pas, le geste 
n'a rien d'héroïque; mes derniers gants 
de couleur sont aux mains d'un pauvre 
pioupiou qui a froid). Je cherche en vain 
les mots qu'il faudrait pour vous dire la 
joie et l'émotion que m'a causées votre 
lettre arrivée le soir d'un bombardement 
terrible du pauvre village que nous occu- 
pons. Cette lettre fut reçue là conmae un 
baume contre tous les énervements et les 
malédictions possibles. Cette lettre lue, 
le soir,— j'en demande pardon à votre 
modestie I — aux officiers de mon batail- 



10 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 

Ion, réconforta les plus abattus, après cette 
rude journée, et prouva à tous que le 
cœur des jeunes filles de France est tout 
simplement admirable de générosité. 

» Donc, il est minuit. L'honneur et le 
bonheur que j'ai de commander ma com- 
pagnie depuis huit jours (mon capitaine 
ayant été blessé) me valent le plaisir de 
vous écrire à cette heure, de la tranchée 
où, par des prodiges d'astuce, j'ai réussi 
à allumer une bougie, sans que soit éveillée 
l'attention de ces messieurs d'en face. Ils 
sont d'ailleurs à une centaine de mètres. 

» Mes hommes, en sourdine, entonnent 
le traditionnel: // est né, le divin enfant. 
Le ciel luit d'étoiles. On voudrait rire de 
tout cela ... et on est tout près d'en 
pleurer I Je pense aux Noëls d'antan, 
passés en famille; je pense à l'effort 
gigantesque à fournir encore, au peu de 
chance que j'ai d'en sortir vivant: je 
pense, enfin, que je vis peut-être en cette 
minute mon dernier Noël ... 

» Du regret, direz-vous ? . . . Non, pas 
même de la tristesse I Seulement un peu 



LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE II 

de mélancolie de n'être pas au milieu de 
tous ceux que j'aime I 

» Toute la tristesse de mes pensées est 
pour les meilleurs amis tombés au champ 
d'honneur, et qu'une amitié fidèle avait 
presque faits mes frères: Allard, Fayolle, 
autant d'amis chers que je i^e reverrai 
plus I Quand le soir du 3i juillet, en ma 
qualité de Père Système de la promotion» 
j'eus prononcé, au milieu d'un silence 
religieux, le fameux serment de nous dis- 
tinguer en ne mourant que gantés de 
blanc, ce bon FayoUe, qui était bien l'ami 
le plus enthousiaste que j'aie jamais 
connu, me disait en souriant: t Quel 
effet nous allons produire devant les 
Boches! Ils seront tellement stupéfaits 
qu'ils ne tireront pas ! » Hélas I pauvre 
Fayolle! Il a payé cher à sa patrie la 
dette de son titre de saint-cyrienl Et 
tous, ils tombent autour de moi, semblant 
se demander quand viendra le tour de 
leur Père Système pour que MonbniraiU 
entrant chez Dieu, soit béni au complet • . . 

» Mais, trêve aux lamentations inutiles, 



12 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 

n'est-ce pas? Ne pensons qu'à notre 
France nécessaire, impérissable, étemelle I 
Et, par cette belle nuit de Noël, croyons 
plus que jamais à la victoire . . . 

» Il faut, mademoiselle et amie, me 
pardonner cet affreux gribouillage. Vou- 
lez-vous aussi me laisser espérer une 
réponse prochaine et permettre au jeune 
officier français de baiser très respectueu- 
sement la main de la jeune fille de France 
à Fâme grande et au cœur généreux P » 

Le 8 avril igiB, il tombait à son tour. 

Ahl que le panache, à toutes les épo- 
ques, a coûté dier à la France 1 On doit 
s'incliner devant l'austère sévérité des 
grands chefs qui désapprouvèrent la gé- 
nérosité de ces enfants trop prodigues du 
trésor de leur Ade. La guerre réserve à 
des conducteurs d'hommes assez d'occa- 
sions utiles de se dévouer pour qu'ils ne 
se complaisent pas à provoquer d'avance 
le destin. Mais comprenons bien que ces 
conducteurs d'hommes sont des enfants. 
La circonstance soudain les oblige. Il 
leur faut conquérir leur autorité. Par la 



LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE l3 

science? Par l'expérience? Ils n'ont à 
leur service que de s'imposer par la bra- 
voure, en osant quelque chose d'excep- 
tionnel. 

C'est bien la pensée qu'exprime forte- 
ment l'un d'eux, Georges Boscredon, Saint- 
Cyrien de vingt ans, quand il écrit à sa 
sœur: 

c N'en dis rien à papa et à maman. 
Mais, partant officier, j'ai bien peu de 
chances d'en revenir. Je le sais, et j'ai 
dès maintenant fait de grand cœur le 
sacrifice de ma vie . . . Nous allons arriver 
jeunes, sans grande valeur, pour com- 
mander des hommes entraînés et de vieux 
soldats déjà. Pour les faire marcher, il 
faudra payer de notre personne, et nous 
paierons.» 

Généreux jeime honune, qui ne dit rien 
des fautes commises avant qu'il fût en 
âge, et qui, nouveau venu, trouve tout 
naturel de payer de sa vie la victoire I 

Et dans toutes nos grandes écoles, dans 
tous nos collèges, les jeunes gens sont les 
frères de ces jeunes chefs militaires. Pour 



l4 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 

eux, une seule chose compte: le besoin 
que la France ne soit plus une vaincue. 
Ils sont les jeimes, les purs, les régénéra- 
teurs, les hosties de la patrie. Ils accep- 
teront tout pour être dignes de leurs aïeux, 
pour remplir leur destin et racheter la 
France. 

Les professeurs dans les collèges ne s'y 
trompaient pas. Depuis quelques années, 
ils voyaient apparaître « une génération 
au clair regard, à la démarche assurée, 
au cœur sans crainte. » La destinée pré- 
parait à la France des sauveurs. • D'où 
sort la France du 2 août? s'écrie un 
mcdtre du lycée Janson-de-Sailly. De 
quarante années courbées sous la menace 
de l'Allemagne. C'est une douleur, une 
longue humiUation qui explosent enfin en 
espérances. » 

Voilà nos jeunes gens. Mais la guerre a 
réuni à l'armée toute la nation mâle de 
dix-huit à quarante-huit ans. 

Évidemment, un quadragénaire ne part 
pas avec cette ivresse de bonheur que nous 



LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE l5 

venons de voir chez nos saint-cyriens. Il 
n'éprouve plus t ce coupable amour du 
danger » que Tolstoï, causant avec Dé- 
roulède, sur le tard de sa vie, s'accusait 
d'avoir, lui aussi, connu dans sa jeu- 
nesse. C'est le refroidissement du sang, 
c'est aussi l'ouverture d'un nouvel hori- 
zon. En fondant un foyer, le jeune 
homme d'hier a assumé des devoirs de 
protection envers sa famille. Comment 
aurait-il la magnifique impétuosité du 
Saint-Cyrien qui dit: t Jeune officier pen- 
dant la guerre, c'est vraiment la carrière 
où l'on recueille de suite les fruits de son 
honneur, de son énergie, de son dévoue- 
ment.»^ Le père de famille a derrière lui 
déjà les fruits de sa vie; il les abandonne, 
et, à défaut de cette beauté d'allégresse, 
ce qu'il nous fait voir, c'est la beauté 
d'un sacrifice perpétuellement médité. Il 
existe chez le jeune homme, le sentiment 
de son sacrifice, mais il écarte en hâte 
cette inquiétude, né se l'avoue pas, et 

* Jean Allard-Méeus: Lettre à sa mère. 



l6 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 

même, seul à seul, la repousse avec colère. 
Au contraire, le soldat plus âgé l'accueille 
et s'en fait un mérite, soit auprès de Dieu, 
soit auprès de la Patrie. 

Gemens spero, avait pris pour devise, 
dans les boues de sa tranchée d'Artois, le 
soldat François Laurentie, père de six 
enfants. Il gémissait, réconforté par l'es- 
pérance que ses enfants n'auraient pas à 
gémir. Toutes les lettres testamentaires 
qui sortent des tranchées apportent la 
même note. Le territorial se bat pour 
que ses enfants n'aient pas à se battre. 
Il fait la guerre pour détruire la guerre. 

n se bat aussi pour sa terre. Quelle fut 
l'émotion des hommes du 20^ corps quand 
ils répandirent leur sang devant Nancy, 
devant Verdun; des hommes de Péguy, 
ces faubouriens de Belleville et de Bercy, 
quand ils virent au bout de leur retraite, 
en septembre 1914, l'immense Paris dans 
sa brume qu'ils allaient défendre I L'un 
d'eux, Victor Boudon, un blessé de la 
bataille de TOurcq, écrit à cette date: 
« On aperçoit dans le lointain les lueurs 



LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE I7 

blanches des projecteurs des forts pari- 
siens, et, par instant, à travers les feuilla- 
ges, les lumières de la capitale. Nos cœurs 
battent violemment de joie et de crainte. » 
Un soldat, qui a bien su observer ces 
débuts de la campagne, résume ainsi son 
témoignage : « Atmosphère générale d'of- 
frande ». 

De ces vieux, de ces jeunes, qu'est-ce 
que la guerre fait ? Une fraternité. Binet- 
Valmer, engagé volontaire pour la durée de 
la guerre, m'envoie, du front où il se bat, 
un mot bien beau, le cri de tous : « Nos 
hommes sont admirables, et nous nous 
aimons tous. » 

Les hommes sont admirables, c'est-à- 
dire prêts au sacrifice. Soldats qui s'of- 
frent comme volontaires, soldats qui s'en 
vont de leur initiative propre relever entre 
les tranchées des camarades blessés, en- 
sevelir des morts: à quoi bon dénombrer 
de tels épisodes, en donner aucune preuve ? 
On sait que les fils de France sont braves. 
Et, par exemple, on sait dans tout l'uni- 



l8 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 

vers la bataille qui dure depuis cinq mois 
et que nous avons le droit d'appeler la 
victoire de Verdim. 

Mais quoi P dans les autres armées aussi 
on est brave . . . 

Ce qui est particulier et ce qui a frappé 
votre grand Rudyard Eapling comme ime 
splendeur qu'on ne voit nulle part ailleurs 
à ce degré, c'est l'attachement des soldats 
français pour leurs chefs, et des chefs pour 
les soldats et de tous entre eux. 

Parmi eux, nul mensonge possible. C'est 
une vie de vérité et de la part de tous. 
Au début, il existait une nuance de 
sansculottisme, une sorte de goguenardise, 
où survivait à l'encontre des chefs chez 
le soldat citoyen un sentiment excessif 
de l'indépendance. Mais depuis, sous les 
épreuves communes, ce sentiment dange- 
reux s'est mûri et ennobli. Ces hommes 
continuent à se regarder les uns les autres 
avec une critique aussi sévère, mais en 
prenant pour mesure les services rendus 
au bien commun. Ils ne s'attachent plus 



LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE IQ 

qu'aux vraies supériorités, celle de l'esprit, 
celle du cœur. 

En pleine tuerie, ces Français se rap- 
pellent constamment qu'ils sont des âmes. 
Les meilleurs élèvent leurs mains san- 
glantes vers le ciel, chacun vers son Dieu. 
Chactm d'eux est préoccupé de prouver la 
valeur de sa pensée par sa bravoure et 
par son sacrifice. Chacun agit comme s'il 
savait (et il le sait) que ses coreligionnaires 
de la France entière lui ont mis entre les 
mains leur honneur et les chances de leur 
idéal. Nos instituteurs rivalisent avec nos 
prêtres, également admirés les uns et les 
autres par l'élite de la nation et par leurs 
frères d'armes. Le Père de Gironde écrit 
sur son mémorial intime: « Me conduire 
de telle manière que nous ne puissions 
plus être exilés. » Et le journal d'Hervé 
publie chaque jour des lettres, toute une 
mystique, où les socialistes s'écrient: 
€ Que nous reprochera-t-on désormais ? 
Est-elle assez justifiée notre foi inter- 
nationaliste qui nous donne la volonté 
de sauver la France I » 



ao LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 

Us ont tous une haute moralité com- 
mune: le besoin et l'orgueil de ne verser 
leur sang que pour une cause juste. 

Pour nous hausser jusqu'au sommet où 
vivent les soldats de cette guerre, quel 
plus beau symbole de Tentr'aide spiri- 
tuelle qu'ils se donnent que le dévouement 
du lieutenant-colonel Driant? Driant se 
porte, au péril de sa vie, auprès d'un de 
ses Ueutenants blessés, et, sous le feu de 
l'ennemi, il reçoit sa confession et lui 
donne l'absolution. 

Cette terre des tranchées est saîate; 
elle est tout imprégnée de sang, elle est 
tout imprégnée d'âme . . . 

Cette fraternité, cette vie spirituelle 
prolongée durant deux ans de guerre, 
arrivent à donner à certaines unités mili- 
taires une âme collective. Certaines de 
ces âmes paraissent si belles, dégagent 
un rayonnement si fort pareil à celui des 
saints que d'autres groupes reçoivent un 
accroissement rien qu'à les admirer. 

« C'était en Artois, au printemps de 
igi5, me dit un jeune soldat, Roland 



VBS TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 21 

Engerand. Mon régiinent arrivait d'un 
secteur tranquille de l'Aisne, où nous 
avions fait peu de pertes. La veille, nous 
venions encore de recevoir un renfort de 
la classe i5. On nous avait tout habillés 
de neuf. Nos uniformes d'aziu* n'avaient 
pas eu le temps d'être ternis par la boue, 
la poussière et la pluie; nous débordions 
d'enthousiasme; nos colonnes, aux cadres 
complets, avec un of&cer ou aspirant à la 
tête de chaque section, allongeaient fière- 
ment leurs trois mille deux cents hommes 
sur la route. On nous avait dit que nous 
nous dirigions vers un coin sacré, où tous 
les yeux étaient tournés. La trouée tant 
rêvée avait été, quelques heures, virtuelle- 
ment faite, grâce à l'héroïsme inouï des 
divisions « de fer » et « d'airain ». Nous 
allions relever ces troupes et, en montant 
aux tranchées par le plus beau crépuscule, 
nous nous demandions avec un peu d'in- 
quiétude si nous serions à la hauteur de 
pareils héroïsmes, car ime telle succession 
est lourde. Et soudain, voilà que sur la 
route, dans le soleil couchant qui dorait 



22 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 

toutes choses, un fort groupe nous appa- 
rut. Des soldats venaient lentement, sans 
hâte, sans bruit. Des hommes en haillons, 
portant encore de vieux uniformes bleu 
foncé, tout déchirés et salis de boue et de 
sang; des fusils rouilles et encrassés; des 
souliers sans nom; des képis rouges, mal 
recouverts de lambeaux de manchons 
bleus; et, au milieu de tout cela, des fi- 
gures superbes, sales, hirsutes, aux pau- 
vres traits tirés et durcis, avec des yeux 
dont le regard entrait en nous jusqu'à 
Fâme, car il reflétait tous les spectacles 
sublimes recueillis depuis quinze jours. 
Ces regards de fièvre et de victoire, quel 
rayonnement ! Ils passaient près de nous, 
ces hommes, en nous regardant avec curio- 
sité, étonnés de notre luxe et de notre 
nombre, et, tout en défilant, ils nous di- 
saient seulement : « Ne vous en faites pas. 
Bon courage on les a eus ! » Tous répé- 
taient: « On les a eus ! » Des voix jeunes, 
des voix de Parisiens, des voix à l'accent 
plus rude, des voix de l'Est, et cette voix 
enfin qui, avec un accent d'Alsace, nous 



LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE â3 

jeta du dernier rang: c Les Bauches, on 
les a eus ! » Ils n'avaient retenu que cela 
de toutes leurs souffrances. Leur capi- 
taine les regardait silencieusement avec 
une prodigieuse expression d'amour. 

»Et pendant que nous montions, tous 
remués, prendre leur place, ils disparu- 
rent, de leur pas lassé et triomphal . • . 

» J'ai compris ce jour-là ce que c'était 
que la beauté de la gloire. » 

Que ce dernier mot d'un enfant est 
grandiose ! Ainsi s'allument à l'héroïsme 
les cœurs bien nés. Ainsi l'esprit de la 
frontière, inséré dfiuis les origines du 20* 
corps et perpétué par lui, court à travers 
les âmes qu'il embrase. 

Et quelquefois, cette âme collective 
parle. 

Aujourd'hui, dans le monde entier, cha- 
cun connaît cet épisode que d'innombra- 
bles articles, des gravures, des poésies ont 
popularisé. Vous vous rappelez ? les Alle- 
mands ont envahi une tranchée et brisé 
toute résistance; nos soldats gisent à 
terre, mais soudain de cet amas de blessés 



34 USS TRAITS ETERPŒLS DE LA FRANCE 

et de cadavres, quelqu'un se soulève et 
saisissant à portée de sa main un sac de 
grenades, s'écrie: « Debout les morts 1 » 
Un élan balaye l'envahisseur. Le mot 
sublime avait fait une résurrection. 

J'ai désiré connaître le héros de ce fait 
immortel, le Heutenant Péricard. Voici 
ce qu'il me raconta: 

« C'était au Bois-Brûlé, au commence- 
ment d'avril 191 5. Nous nous battions 
depuis trois jours; nous n'étions plus dans 
la tranchée qu'une poignée d'hommes 
harassés, complètement isolés avec une 
pluie de grenades sur nos têtes. Si les 
Boches avaient connu notre petit nom- 
bre! Leur artillerie faisait rage. Un 
lieutenant (son nom m'échappe), qui était 
venu me soutenir et qui fumait sa ciga- 
rette en riant aux projectiles, reçoit une 
balle au-dessus de la tempe. Il s'appuie 
au parapet, les deux mains derrière le 
dos, la tête légèrement inclinée. Par 
la blessure, le sang gicle avec force, en 
décrivant une parabole, comme le vin 
d'un tonneau par le trou de la vrille. La 



LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 35 

tête penche de plus en plus, puis le corps 
s'incline» puis, brusquement, la chute. 

I La douleur de ses hommes, qui se jet- 
tent en pleurant sur son corps ! . . . Impos- 
sible de faire un pas sans marcher sur un 
cadavre. Je me rends compte, soudain, 
de la précarité de mon sort. Mon exalta- 
tion m'abandonne. J'ai peur. Je me 
jette derrière un amas de sacs. Le soldat 
Bonnot reste seul. Il n'en a cure et il 
continue de se battre comme un lion, seul 
contre combien P 

» Je me ressaisis, son exemple m'a fait 
honte. Quelques camarades nous rejoi- 
gnent. Le jour s'achève. Nous ne pouvons 
pas demeurer ainsi. A droite, il n'y a 
toujours personne. J'aperçois la tranchée 
sur une longueur d'une trentaine de mè- 
tres, interrompue par un énorme pare- 
éclats. Si j'allais voir ce qui se passe par 
là? J'hésite. Puis, un coup de volonté 
et je me décide. 

» La tranchée est pleine de cadavres 
firançais. Du sang partout. Tout 
d'abord, je marche avec circonspection, 



a6 LES TRAITS ÉTERPŒLS DE Uk FRANCE 

peu rassuré. Moi seul avec tous ces 
morts I . . . Puis, peu à peu, je m'enhardis. 
J'ose regarder ces corps, et il me semble 
qu'ils me regardent. De notre tranchée 
à nous, en arrière, des hommes me con- 
templent avec des yeux d'épouvante, dans 
lesquels je lis: c II va se faire tuer ! » 
C'est vrai qu'abrités dans leurs boyaux 
de repli, les Boches redoublent d'efforts. 
Leiurs grenades dégringolent et l'avalan- 
che se rapproche avec rapidité. Je me 
retourne vers les cadavres étendus. Je 
pense : t Alors, leur sacrifice va être inu- 
tile? Ce sera en vain qu'ils seront tom- 
bés ? Et les Boches vont revenir ? Et ils 
nous voleront nos morts I ... » La colère 
me saisit. De mes gestes, de mes paroles 
exactes, je n'ai plus souvenance. Je sais 
seulement que j'ai crié à peu près ceci: 
f Holà, debout 1 Qu'est-ce que vous f • . . 
par terre? Levez-vous et allons f . . . ces 
cochons-là dehors I » 

» Debout les morts ! . . . Coup de folie ? 
Non. Car les morts me répondirent. Ils 
me dirent: « Nous te suivons. » Et se 



LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE ^7 

levant à mon appel, leurs âmes se mê- 
lèrent à mon âme et en firent une masse 
de feu, un large fleuve de métal en fusion. 
Rien ne pouvait plus m'étonner, m'arrê- 
ter. J'avais la foi qui soulève les monta- 
gnes. Ma voix, éraillée et usée à crier des 
ordres pendant ces deux jours et cette 
nuit, m'était revenue, claire et forte. 

» Ce qui s'est passé alors ? Comme je 
ne veux vous raconter que ce dont je me 
souviens, en laissant à l'écart ce que l'on 
m'a rapporté par la suite, je dois sincère- 
ment avouer que je ne le sais pas. Il y 
a un trou dans mes souvenirs; l'action a 
mangé la mémoire. J'ai simplement l'idée 
vague d'une offensive désordonnée, dans 
laquelle, toujours au premier' rang, Bon- 
not se détache. Un des hommes de ma 
section, blessé au bras, continuait de 
lancer sur l'ennemi des grenades tachées 
de son sang. Pour moi, j'ai l'impression 
d'avoir eu un corps grandi et grossi dé- 
mesurément, un corps de géant, avec une 
vigueur surabondante, illimitée, une ai- 
sance extraordinaire de pensée qui me per- 



28 LES TRAITS ETERNELS DE LA FRANCE 

mettait d'avoir l'œil de dix côtés à la 
fois, de crier un ordre à l'un, tout en don- 
nant à un autre \m ordre par geste, de 
tirer un coup de fusil et de me garer en 
même temps d'une grenade menaçante. 

» Prodigieuse intensité de vie, avec des 
circonstances extraordinaires. Par deux 
fois les grenades nous manquent, et par 
deux fois nous en découvrons à nos pieds 
des sacs pleins, mêlés aux sacs de terre. 
Toute la journée, nous étions passés des- 
sus sans les voir. Mais c'étaient bien les 
morts qui les avaient mis là I . . . 

» Enfin les Boches se calmèrent; nous 
pûmes consolider notre barrage de sacs 
en avant dans le boyau. Nous nous 
trouvâmes de nouveau les maîtres dans 
ce coin. 

» Toute la soirée et pendant plusieurs 
des jours qui suivirent, je gardai l'émo- 
tion religieuse qui m'avait saisi au moment 
de l'évocation des morts. J'éprouvais 
quelque chose de comparable à ce qu'on 
ressent après une conmiunion fervente. 
Je comprenais que je venais de vivre des 



LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 3Q 

heures que je ne retrouverais plus jamais, 
durant lesquelles ma tête, ayant brisé 
d'un rude e£fbrt le plafond bas, s'était 
dressée en plein mystère, parmi le monde 
invisible des héros et des dieux. 

» A cette minute, certainement, j'ai été 
soulevé au-dessus de moi-même. Il faut 
bien que cela soit, puisque j'ai reçu les 
félicitations de mes hommes. Pour qui a 
pratiqué les poilus, il n'est pas de Légion 
d'honneur qui vaille ces félicitations-là. 

» Si je vous parais chercher, en vous 
faisant ce récit, une satisfaction de vanité, 
c'est que j'exprime bien mal mon senti- 
ment, ma volonté. Je sais que je n'ai 
rien d'un héros. Chaque fois qu'U m'a 
fallu sauter le parapet, j'ai grelotté de 
peur, et la détresse qui m'a saisi en pleine 
action et que je vous disais il y a un in- 
stant n'est pas un accident dans ma vie 
de soldat. Je ne mérite aucun compli- 
ment d'aucune sorte. Ce sont les vivants 
qui m'ont entramé par leur exemple, et 
les morts qui m'ont conduit par la main. 
Le cri ne sortit pas de la bouche d'un 



3o LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANGE 

homme, mais du cœm* de tous ceux qui 
gisaient là, vivants et morts. Un homme 
seul ne pourrait trouver cet accent. Il y 
faut la collaboration de plusieurs âmes, 
soulevées par les circonstances, et dont 
quelques-unes déjà planaient dans l'éter- 
nité. 

» Pourquoi ai-je été choisi plutôt que 
tel officier, plutôt que tel soldat, parmi 
ceux qui furent mêlés à l'affaire et dont 
l'héroïsme n'a pas, comme mon courage à 
moi, connu de défaillance? Pourquoi 
plutôt que le colonel de Belnay qui par- 
courait les Ugnes sous la pluie de grenades, 
ou le lieutenant Erlaud, ou le sous-lieu- 
tenant Pellerin, ou l'aspirant Vignaud, ou 
le sergent Prot, ou le caporal Chuy, ou 
le caporal Thévin, ou le soldat Bonnot ? 
{Il m'en citait indéfiniment.) Pourquoi? 
on peut recevoir le souffle d'en haut et 
n'être qu'un pauvre homme. 

» Si jamais vous racontez cette histoire, 
je vous demande instamment de nommer 
tous ces chefs et ces soldats, car ce serait 
un mensonge que j'aie l'air de monopo- 



LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 3l 

lîser la gloire de cette belle journée de 
notre régiment. Le cri n'est pas à moi 
seul, il est à nous tous. Plus vous fondrez 
mon rôle dans la masse, plus vous vous 
rapprocherez de la réalité. J'ai la convic- 
tion de n'avoir été qu'un instnunent entre 
les mains d'une puissance supérieure. » 



II 

Voilà les faits. En voilà du moins un 
échantillon, un échantillon du vin qui 
depuis deux ans fermente sur nos collines, 
du froment de nos sillons et du sang de 
nos batailles. 

Mais tout cela, est-ce donc rien d'in- 
connu et d'inattendu? C'est du fruit 
français, pareil à ce que la vieille nation 
produisit tant de fois le long des siècles; 
c'est le vin, le froment, le sang de toutes 
nos épopées. Reconnaissons dans notre 
passé chacim des traits que nous venons 
de marquer. Les chansons de geste, les 
croisades, tout le jeune âge de la France 
regorgent d'mnombrables faits accomplis 
par nos chevaliers et par la sancta plebs 
Dei qui devancent, annoncent les exploits 
mis à l'ordre de nos armées en igi6. 

Le vœu mortel des jeunes SainUCyriens . . . 
mais c'est un épisode typique de nos chan- 
sons de geste. Il n'est pas de thème 
qu'elles développent avec plus de frai- 



LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 33 

cheur et de génie que Fallégresse guerrière, 
la pureté, la bonne volonté des jeunes 
héros, les Aymerillot, les Roland, les Guy 
de Bourgogne dans leur première adoles- 
cence. Quand les Montmirail et les Croix 
du drapeau font le serment de recevoir le 
baptême du feu gantés de blanc et le 
casoar au képi, c'est un chapitre qui revit 
des « Enfances Vivien ». Le jour que le 
jeune Vivien est armé chevalier, il jure 
devant son lignage assemblé de ne jamais 
reculer en bataille de la longueur de sa 
lance; et c'est de ce serment qu'il mourra. 

Gemens spero, c'est la pensée qu'in- 
spire au territorial le souvenir de ses six 
enfants; il se complsdt douloureusement 
à les évoquer . . . Ainsi ce chevaKer dont 
parle Jacques de Vitry qui, au moment 
du départ pour la croisade, rassemble 
autour de lui ses enfants. « Je les ai tous 
fait venir, explique-t-il, afin que ma dou- 
leur de partir soit plus vive et pour offrir 
à Dieu un sacrifice plus grand. » 

U esprit d^ égalité et de fraternité dans nos 
tranchées . . . Joinville raconte que saint 



34 ES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANGE 

Louis travaillait aux tranchées et portait 
lui-même la hotte. 

Nuls n'est vilains s'3 ne fait vilenie. 

C'est un vers des chansons de geste, 
comme ce pourrait être un vers de Cor- 
neille, comme c'est la pensée de chaque 
Français et Française en 191 6. Durant la 
bataille d'Antioche, l'évêque du Puy ha- 
rangue les Croisés: « Nous tous qui som- 
mes baptisés au nom du Christ, nous 
sommes les fils de Dieu, et des frères les 
uns pour les autres . . . Combattons donc 
d'un même cœur en frères». Et le sire 
de Bourlémont (Bourlémont, la seigneurie 
au-dessus de Domrémy; le sire de Bourlé- 
mont, celui dont le petit-fils allait con- 
naître Jeanne d'Arc) dit à Joinville qui 
partait pour la Croisade: t Vous en aies 
outre mer, or vous, prenés garde au reve- 
nir, car nuls chevaliers, ne povres ne 
riches, ne puet revenir qu'il ne soit honnis, 
s'il laisse en la main des Sarrazins le peuple 
mena Nostre Seignor^ en laquel compai- 
gnie il est alez. » 



LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 35 

Driant qui se traîne sous la mitraille pour 
porter Fabsolution a un lieutenant qui se 
meurt . . . c'est Guillaume d'Orange ve- 
ant au secours de son neveu Vivien à la 
bataille des Aliscamps. Il arrive trop 
tard, il combat longuement pour le rejoin- 
dre, ne parvient pas à le retrouver, ni vif, 
ni mort. Le soir approche. Il chevauche 
par le champ, très las. Sur son front que 
le cercle du heaume enserre, des gouttes 
de sang tombent comme de la couronne 
d'épines. Il cherche vainement Vivien. 
Enfin, sur l'herbe, à ses pieds, il recon- 
naît, hérissé de flèches, l'écu de l'enfant. 
Plus avant, non loin d'une source, sous la 
ramure d'un grand olivier, Vivien ^t ina- 
nimé, ses blanches mains croisées sur sa 
poitrine. Guillaume met pied à terre, 
l'embrasse tout sanglant, le pleure comme 
un mort: « Neveu Vivien, jeunesse belle, 
c'est grand pitié de ta prouesse toute 
neuve ...» Mais, peu à peu, entre ses 
bras, l'enfant se ranime, ouvre les yeux: 
il avait « retenu sa vie » sachant que 
Guillaume viendrait. Guillaume d'O- 



36 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 

range, ayant loué Dieu, lui demande s'il 
veut lui dire ses péchés en c vraie con- 
fession». cJe suis ton onde, nul ici ne 
t*est plus proche que moi, hormis Dieu; 
en son lieu et place, je serai ton chapelain; 
à ce baptême, je veux être ton parrain. » 
Vivien se confesse; son grand péché, c'est 
d'avoir fui, croit-il, contrairement à son 
vœu, Guillaume l'absout, puis prend une 
hostie dans son aumônière, le communie. 
Vivien meurt. La nuit est tombée, Guil- 
laume pourra échapper seul à travers les 
lignes ennemies . . . Pourtant, à la minute 
de laisser là le corps, un regret le prend; 
l'abandonner ainsi seul, dans les ténèbres P 
Les autres pères, quand leurs enfants 
meurent, ne les veillent-ils pasP Alors il 
attache son cheval à l'olivier et commence 
la veillée. Sous la ramure noire, le corps 
de Vivien rayonne et répand dans l'air le 
parfum du baume et de la myrrhe. La 
nuit est douce et sereine. Debout auprès 
de son £Qs mort, le comte pleure, il ne peut 
s'en rassasier, et laissant passer l'aube il 
attend que le soleil soit haut levé et brille 



LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANGE 3j 

bien dair. Alors il renoua les lacs rompus 
de son heaume, embrassa Vivien, le re* 
garda une dernière fois; il se remit en 
selle, s'achemina à petits pas vers la 
route que tenaient les Sarrazins, puis 
venu à la portée d'un arc, il cria son 
cri d'armes, et, baissant sa lance de 
frêne, il chargea. 

Debout les morts / ... ce cri mystérieux 
du bois d'Ailly, déjà nous l'avons entendu. 
Au siège d'Ascalon, les Templiers voient 
plusieurs de leurs frères pendus par les 
Sarrazins sur la porte de la cité. Us sont 
pris de découragement, ils veulent lever 
le siège. Mais le maître du Temple leur 
dit: « Voyez, les morts nous appellent, 
car déjà ils ont pris la ville. » 

On pourrait multipUer à l'infini ces 
rapprochements, ces images de la plus 
jeune France et de la France d'aujourd'hui 
que l'on disait vieillie, et comme les pein- 
tres verriers de nos cathédrales ont sou- 
vent juxtaposé les figures de l'ancienne loi 
en regard de la nouvelle, ici Jonas et la 



38 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 

baleine, là le Christ et le tombeau, ici 
Moïse .et le buisson ardent, là la Vierge 
et la crèche, je pourrais disposer ces notes 
indéfiniment suivant le même procédé de 
symétrie pour mettre en relief la ressem- 
blance des petits-fils et des aïeux, et plus 
profondément la concordance de toutes nos 
guerres et de la grande guerre. 

Le zouave de 1914 qui, du milieu d'un 
groupe de prisonniers derrière lesquels les 
Allemands s'abritent, crie aux Français: 
cMais tirez doncl» et qui meurt sous 
leurs balles, nous le connaissions déjà: 
il y a neuf siècles, les Sarrazins firent 
monter aux créneaux d'Antîoche un croisé 
prisonnier pour qu'il demandât à ses 
frères de renoncer à l'assaut. Mais il 
leur cria d'attaquer. Les Sarrazins lui 
tranchèrent la tête. Etienne de Bourbon 
ajoute que la tête, lancée du haut des 
murs par une baliste, et venue aux mains 
des chrétiens, riait de joie. 

Entre les deux, le chevalier d'Assas. 

Le jeune soldat défiguré qui dit: « Si 
mon père me voyait 1 Bah I II ne m'a 



LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE Sq 

pas fait pour être beau; il m'a fait pour 
être brave ...» met visiblement à tenir 
ce propos la même fierté que Montluc à 
dénombrer ses c sept arquebousades » dont 
la plus belle, à son gré, était celle de Ra- 
bastens qui lui avait troué la face. 

Le capitaine de F . . . qui déclare: « Un 
officier de mon grade, qui fait son devoir 
dans la condition où je me trouve, ne doit 
pas revenir vivant », témoigne d'un esprit 
de sacrifice qui outrepasse le mot d'ordre 
de Godefroy de Bouillon, au moment du 
dernier assaut contre Jérusalem, à la Porte 
de David: c Ne redoutez la mort, mais 
alez la quérant. » 

Le poète Charles Perrot a été tué de- 
vant Arras le 28 octobre: un de ses cama- 
rades, le voyant malade, venait de lui 
dire: t Je vais te remplacer. Tu as tou- 
jours fait ton devoir. Repose-toi, » Et 
Charles Perrot avait répondu: « On n'a 
jamais fini de faire son devoir. » Ce 
poète s'accorde avec le chevalier Erard 
de Sivry qui combattait à M ansourah au 
côté de Joinville, et cinq chevaliers avec 



4o LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 

eux, dans une maison ruinée. Atroce- 
ment blessé au visage, il hésitait à aller 
chercher du renfort, de peur qu'on fit 
un jour reproche à lui et à sa parenté. 
€ Vous pouvez aller, lui répond Joinville, 
car déjà vous êtes un homme mort»; 
mais il ne se contente pas de l'avis de 
Joinville, il croit devoir demander conseil 
tour à tour à chacun des autres . . . 

Au bois de la Grurie, une compagnie 
du i5i^ régiment d'infanterie barre l'en- 
trée du boyau. Trois hommes seulement 
peuvent y tenir de front. Quand un 
homme tombe, un autre prend sa place. 
Le combat dura deux heures; trente hom- 
mes tombèrent. Incident banal, presque 
quotidien. Comment ne pas penser à cet 
épisode des croisades que l'on appelait 
« le Pas Saladin » et que l'on peignait de 
toutes parts dans la salle des châteaux? 
C'était votre roi Richard, Gautier de 
Châtillon, Guillaume des Barres, neuf 
autres chevaliers qui défendaient un défilé 
devant Jaffa. Tout le moyen âge regarda 
ces douze hommes comme des miroh^s de 



LES TRAITS ETERNELS DE LA FRANCE 4l 

chevalerie et conserva pieusement leurs 
blasons. Mais nous ne saurons jamais 
les noms des grenadiers du bois de la 
Grurie et de tant d'autres tranchées. Ils 
sont trop. 



III 

Voilà plus de mille ans que ce fleuve de 
prouesses coule à pleins bords. Nous 
venons d*y puiser; nous n'avons pu sai- 
sir dans le flot qui passe que ce que 
contenaient nos deux mains rapprochées. 
Qu'est-ce que tout cela ? Que prouvent ces 
aventures héroïques et charmantes, cette 
vie profonde, cette âme française débordée ? 

Les Français se battent en état reli- 
gieux. Les premiers, ils ont inventé l'idée 
de guerre sainte. Le soldat de l'an II, 
quand il croit apporter au monde la 
liberté et l'égalité, se dévoue du même 
élan et dans le même esprit que le croisé 
de Jérusalem. Quand le croisé crie: 
« Dieu le veut », quand le volontaire de 
Valmy crie: « La République nous ap- 
pelle », c'est le même cri d'armes. Il 
s'agit de réaliser plus de justice et plus 
de beauté sur la terre. A tous deux, une 
voix du ciel ou leur conscience dit: 

Se vous moureZy esterez sainz martirs. 



LES TRAITS ÉTBRPŒLS DE LA FRANCE 43 

Ce n'est pas chez nous qu'on entreprend 
des guerres de proie. Des guerres pour la 
gloire et Thonneur, soit, parfois ! Mais 
pour soulever la nation unanime, il faut 
qu'elle se connaisse le champion de Dieu, 
le chevalier de la justice. Il nous faut 
être persuadés que nous luttons contre les 
Barbares, Islam jadis, aujourd'hui pan- 
germanisme, ou contre les despotes, miU- 
tarisme prussien et impérialisme allemand. 

Les Français défendant la France ont 
cru presque toujours résister et souffrir 
pour que l'humanité fût plus belle. Ils 
se battent pour leur terre pleine de tom- 
beaux et pour le ciel où règne le Christ, 
où flottent du moins leurs idées. Ils 
meurent pour la France, autant que les 
fins françaises peuvent être identifiées 
aux fins de Dieu ou bien aux fins de 
l'humanité. Et c'est ainsi qu'ils font la 
guerre avec des sentiments de martyrs. '[ 

Voulez-vous entendre un grand texte, 
voulez-vous savoir comment on décidait 
nos aïeux, il y a neuf siècles, à partir pour 
la croisade P Vous apprendrez en même 



M LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 

temps comment nos soldats, aujourd'hui 
encore, ont besoin qu'on les harangue. 
Écoutez, c'est le pape Urbain II (un 
homme de France, né en Champagne) 
qui prêche au Concile de Clermont en 
Auvergne. Il dit : « Nation des Fran- 
çais, nation élue de Dieu, comme le 
montrent tes œuvres, et chère à Dieu, 
et qui te distingues entre toutes les autres 
par ton dévouement à la sainte foi et à 
rÊglise, c'est vers toi que va notre parole 
et notre exhortation • . . A qui peut revenir 
la tâche de venger les outrages des Infi- 
dèles, sinon à vous. Français, à qui Dieu 
donna, plus qu'à tout autre peuple, la 
noble gloire des armes, des cœurs grands, 
des corps agiles, et la force de ployer qui 
vous résiste? Puissent émouvoir vos 
âmes et les exciter les actes de vos ancê- 
tres, la prouesse et la grandeur du roi 
Charlemagne, de son fils Louis et de vos 
autres rois, lesquels ont détruit les royau- 
mes des païens et reculé les frontières de 
la sainte Église I ... chevaliers très 
preux, issus de lignages invincibles, sou- 



LES TRAITS ETERNELS DE LA FRANCE 45 

venez-vous de la valeur de vos pères I ... » 
Voilà comment il fallait présenter les 
choses à nos nobles «deux. Et c'est ainsi 
que leur parlaient Jeanne d'Arc, qui se 
nommait elle-même la « Fille Dieu •j'^et 
Bonaparte, et avec lui les généraux ré- 
publicains, et c'est encore l'esprit dont 
s'enflamment nos soldats quand ils sur- 
gissent des tranchées en chantant la 
Marseillaise, sous la bénédiction de 
leurs aumôniers. 

Sans doute, la raison nous atteint et 
nous persuade. Nous entendons ceux qui 
nous disent que la France est un chef- 
d'œuvre réel et tangible dont il faut 
maintenir et perfectionner les formes; 
qu'elle ne peut pas vivre sans Metz et 
Strasbourg; qu'elle a besoin d'équihbrer 
son Midi avec des populations du Nord 
et de l'Est ; qu'elle sera désarmée, ouverte, 
tant qu'il lui manquera ses frontières na- 
turelles . . . Mais beaucoup demeureraient 
froids. Et pour se sacrifier, les fils de 
France veulent toujours n'être pas morts 
uniquement pour la France. 



46 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 

Il est arrivé que la France brisât la 
chaone de ses traditions et perdît jusqu'à 
ses souvenirs, cependant elle demeurait 
fidèle à son âme. Dans chaque généra- 
tion elle fait revivre des Roland, des Gode- 
froy de Bouillon, des Bayard, des Turenne, 
des Marceau, ne sût-elle plus leurs noms, 
et toujours elle s'enivre avec des senti- 
ments dont elle ne change que les formules. 

Parfois le poème sommeille: jamais il 
ne fut plus fraternel, plus reUgieux qu'à 
cette heure. Comme de nombreux traits 
de l'Ancien Testament, obscurs et chétifs 
par eux-mêmes, ne prennent leur plein 
sens qu'à la liunière du Nouveau, de 
même les antiques prouesses des cheva- 
liers et de nos aïeux respectés semblent 
n'être que la préfiguration des choses plus 
riches et plus saintes d'aujourd'hui. On di- 
rait que l'histoire de notre nation tendait 
tout entière à ce que nous voyons depuis 
deux années. Des millions de Fran- 
çais sont entrés dans cet état d'héroïsme 
et de martyre qui jadis, aux époques 
les plus hautes de notre histoire, fut le 



LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE ^^ 

fait seulement d'une élite. Jeune ou vieux, 
pauvre ou riche, et quel que soit son credo^ 
le soldat français de 1916 sait que la 
France est une nation qui intervient 
quand il y a trop d'injustice sur la terre, 
et dans sa tranchée boueuse, le fusil à 
la main, il sait qu'il continue les Gesta 
Dei per Franœs. 

Roland au soir de Roncevaux meurt 
en murmurant: Terre de France, mult 
estes dulz pays. C'est avec le même mot 
et le même amour que meurent les soldats 
d'aujourd'hui. « Au revoir, écrit Jean 
Cherlomey à sa femme, promets-moi de 
n'en pas vouloir à la France si elle m'a 
voulu tout entier. » — t Au revoir, c'est 
pour la France, i dit en mourant le capi- 
taine Hersart de La Villemarqué. — « Vive 
la France, je suis content, je meurs pour 
elle !» dit le brigadier Voituret, du 2* 
dragons. Et il expire en essayant de 
chanter la Marseillaise. — Albert Malet, 
dont les manuels ont enseigné l'histoire 
à nos écoliers, s'est engagé pour la guerre; 
une balle l'atteint à la poitrine. Il s'écrie : 



48 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 

c Mes amis, en avant ! Je suis heureux 
de mourir pour la France. » Et il s'af- 
faisse sur les fils barbelés devant la tran- 
chée ennemie. — « Vive la France, je meurs, 
mais je suis content I » crient tour à tour 
Fun après l'autre des milliers de mourants, 
et le soldat Raissac du 3i^ de ligne, blesse 
à mort le 28 september 1914, trouve avant 
d'expirer la force d'écrire au dos de la 
photographie de sa mère: c Mourir est 
un honneur pour le soldat français. » 

Ils ne veulent pas qu'on les pleure. 
Georges Morillot, normalien, sous-Ueu- 
tenant au 27* d'infanterie, mort pour la 
France dans la forêt d'Apremont, le 11 
décembre 1914» laissait une lettre à ses 
parents: t Si vous ouvrez cette lettre, 
c'est que je ne serai plus et que je serai 
mort de la plus belle mort. Ne me pleu- 
rez pas trop: ma fin est enviable entre 
toutes . . . Parlez de moi par moments 
comme d'un de ceux qui ont donné leur 
sang pour que la France vive, et qui sont 
morts joyeusement . . . Depuis ma pre- 
mière enfance, j'ai toujours rêvé de mourir 



LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANGE ^9 

pour mon pays, face à rennemi • . . Lais- 
sez-moi dormir où le hasard des batailles 
m'aura mis, à côté de ceux qui, comme 
moi, seront morts pour la France: j'y 
dormirai bien . . . Mes chers parents, heu- 
reux ceux qui sont morts pour la patrie ! 
Qu'importe la vie des individus, si la 
France est sauvée I Mes bien-aimés, ne 
pleurez pas . . . Vive la France 1 » — Louis 
Bélanger, âgé de vingt ans, tué à l'ennemi 
le 28 septembre 1916, avait écrit aux 
siens: c J'espère que ma mort ne sera pas 
pour vous un sujet de tristesse, mais une 
sensation de fierté. Je désire que mon 
deuil ne soit pas porté, car il ne faut pas 
qu'au jour de gloire où la France sera 
restaurée, le noir vienne tenir le soleil 
dont toutes les âmes françaises seront 
illuminées. » Pour lui obéir, les billets 
faisant part de sa mort n'ont point été 
encadrés de noir, mais bordés d'une bande 
d'argent. — Hubert Prouvé-Drouot, Saint- 
Cyrien de la promotion de la Grande Re- 
vanche, mort au champ d'honneur, donne 
pour dernière recommandation à sa mère, 



5o LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANGE 

en la quittant pour rejoindre son régi- 
ment: « Quand les troupes rentreront 
victorieuses par FArc de Triomphe, si je 
ne suis plus là, mettez vos plus beaux 
vêtements et soyez-y I » 

Les mères entendent, et participent de 
cet enthousiasmé sacré. Devant le lit 
d'hôpital où gît le corps de son fils mort, 
un père pleure; la mère, une paysanne, 
lui prend la main: « Faut avoir du cou- 
rage, mon homme. Tu vois bien que le 
petit en avait. » — Un soldat de Bagnères- 
de-Bigorre, jardinier à Lourdes, griève- 
ment blessé, meurt à l'hôpital de l'Institut: 
sa femme, appelée par dépêche, arrive trop 
tard. Devant le corps glacé, elle dit 
simplement: « Il est mort pour la patrie. 
C'était sa mère, je ne suis que sa femme. » 
— M""*" de Castelnau, la femme du chef 
illustre, est à la table de communion; elle 
prie pour ses trois fils qui se battent. 
Mais voici que la main du prêtre qui lui 
présente l'hostie tremble. Elle a compris 
et dit simplement : « Lequel P » 

C'est que les mères françaises soutenues 



LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 5l 

par une force surnaturelle croient que 
leurs fils en tombant pour la France trou- 
vent, plutôt que la mort, leur épanouis- 
sement. ' L'une d'elles, qui ne veut pas 
que nous la nommions, emploie ce mot 
dans une lettre éblouissante de sainte 
beauté: 

Paris, 20 octobre 1915. 

« Commandant, 

» Je ne saurais assez vous remercier de 
la fidélité de votre douloureux souvenir. 
L'anniversaire du sacrifice de mon brave 
enfant est particulièrement cruel et doux: 
cruel, parce qu'il me rappelle un jour 
où je songeais à lui, sans me douter de 
l'épreuve que sa vaillance allait me coû- 
ter; doux, parce que je ne saurais évoquer 
la brusque fin de cette pure et courte vie 
sous un autre aspect que celui d'un su- 
prême épanouissement. 

» Merci, commandant, de tout ce que 
vous me dites de mon cher petit soldat; 
puisse sa mort glorieuse contribuer à la 
victoire de notre France; alors je m'age- 



52 LES TRAITS ÉTERN£!LS DE LA FRANCE 

nouillerai, et une fois de plus je dirai: 
merci ! 

» Mon cœur de mère reste brisé devant 
la mort de cet enfant de vingt ans qui 
était toute ma joie. Ah ! comme à la 
fois on peut être fier et malheureux I 

» Voulez-vous, commandant, être mon 
interprète auprès de tous ceux qui gardent 
le souvenir de celui qui est tombé pour 
la patrie, et leur dire que ma pensée va 
souvent vers cette terre de Lorraine si 
chère aux âmes françaises. 

» Recevez, commandant ...» 

Un suprême épanouissement, dit-elle 1 
Il semble, en effet, que nous n'ayons connu 
que des chrysalides et que tout un peuple 
déploie ses ailes. La France étemelle se 
dégage. C'est pour elle que les fils de 
France meurent d'une mort pieusement 
acceptée par les mères. 

Une femme du peuple est avertie de la 
mort de son mari au champ d'honneur, 
tandis qu'elle tient dans ses bras son en- 
fant qu'elle allaite. Elle chancelle, se 



LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 53 

redresse et crie: t Vive la France 1 » en 
soulevant son fils vers le ciel • . . Fils des 
martyrs, fils de trente générations pa- 
reilles, tu vivras demain dans la France 
de la victoire. 



NOTES 

Maurice Babbès was bom in the East of 
France, at Charmes, in 1862. The grandson 
of a soldier in Napoleon*s armies, a child of 
those parts of France where patriotism is, 
more than a sentiment, an everyday neces- 
sity, a member of that génération which pre- 
served the dim memory of the invasion of 
1870, he always paid spécial attention to 
Franco-German problems. As a writer, after 
a first period where he advocated milimited 
individuaUsm of thought and sentiment, he 
proposed a sort of ''living tradition" as the 
best background and support for a man's 
conscience, and tried in politics, in literature, 
in religion, to define and emphasize for France 
such a powerful ''traditionalism": civiliza- 
tion and humanity, rehgion as a help for the 
idealistic tendendes of the people, enthusiasm 
for the cause of self-determinalion, and spe- 
dally the maintenance of that collective per- 
sonality in which consists a nationality. His 
war task — after he had tried in vain to enlist 



56 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 

with bis son — bas been to follow and to guide, 
in nearly daily articles, the development of 
military and political events. 

Following an invitation of the British gov- 
emment, Barrés went to England in the 
summer of 1916. He was received by the 
Admirai in command of the High Fleet a 
few weeks after the Jutland battle. On the 
12th of July, he delivered before the British 
Academy the address which, first brought to 
print in the Proceedings of the British Academy ^ 
Vol. Yii, and in the Revue des Deux Mondes^ 
was such a success that it bas been quoted and 
reproduced everywhere. 

It is, in fact, one of the ablest démonstra- 
tions of the vital unity of French tradition, 
and a beautiful illustration of what is, in fact, 
permanent in the soûl of that nation — so of ten 
misunderstood — France. The same charac- 
teristics, specially in connection with the ideal- 
ism of fighting France, may be found in one 
of the last of Barrès's books. Les diverses 
Familles spirituelles de la France (American 
translation 1918, under the title ''The Faith 
of France," Boston, Houghton, Mifilin Co.). 

The complète title of the lecture, as it was 
delivered before the British Academy, was: 



NOTES 57 

'* Le Blason de la France, ou ses Traits 
Uernels dans cette guerre et dans les vieilles 
épopées.** Some slight altérations, which may 
occur in the text of the présent édition, hâve 
been made by the author himself. 

Page 1. The text of Swinbume reads as 
follows ("Poems and Ballads," "litany of 
Nations"): 

FRANCE 

I am she that was thy sîgn and standard-bearer, 

Thy voioe and cry; B 
She that washed thee with her blood and lelt thee 
fairer, 

The same was I. 
Were not thèse the hands that raised thee fatten and 
fed thee, 

Thèse hands deûled P 
Was not thy tongue that spake, thine eye that led thee, 

Not I thy child? 

In Swinbume's poem, as a matter of fact, 
it is Earth, the Mother, who is addressed in 
thèse words by France, as she is successively 
by each nation of Europe: Greece, Italy, 
Spain, France, Russia, Switzerland, Germany, 
and England. Swinbume has been, in 
modem English literature, one of the most 
devoted friends of French civilization, remind- 



58 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 

ing one, in bis way, of the sincère Francophiles 
of former âges, Chesterfield or Walpole, Hume 
or Gibbon. 

P. 2. The Chanson de Roland (XIth cen- 
tury) shows abeady something of the national 
feeling, and there is no doubt that, in the 
time of Jeanne d'Arc (XVth century), the 
idea of a unit which was entirely différent 
from territorial feudalism was already alive, 
when very little of that patriotic feeling was 
to be found in England or Italy, not to speak 
of a country so much behind as Germany. 
France bas led the way in this as much as 
in some other respects, and it is certain that 
the Révolution and Empire (1789-1815) had a 
main current of nationalistic feeling (con- 
trasted with Germanie feudalism, Spanish 
church-rule) which brought some other coun- 
tries to the same sort of concentration, the 
Prussian State *' organizing *' it instantly, and 
nations like Italy, Greece, etc., being made 
more and more conscious of their collective 
personalities. 

Âbout this question of "nationalism" and 
the varions forces interested in the national 
tie, cf. specially, for this country, James 
Harvey Robinson : ** What is National Spirit ? ** 



notes' 5g 

in the CerUary Magazine^ November, 1916, 
and a debate in the American Historical Asso- 
ciation (1915), where E. B. Krehbiel and 
W. T. Laprade took up, as it were, the two 
conflicting aspects of the problem. Most 
illuminating, for the French point of view, is 
the lecture of E. Renan, Qu'est-ce qu'une 
nation? (1882; in Discours et Conférences). 

Superficial observers used to insist on the 
supposed ''break" between the past and 
the présent of France, not knowing that the 
country at large had preserved the same 
qualities of honor, humanity, and dévotion 
to ideals, and that it was mainly due to the 
excessive influence of Paris and to the vivac- 
ity of political struggles, that the real values 
of French life were not coming to récog- 
nition. A striking instance of this case is the 
book of W. C. Brownell, "French Traits" 
(New York, 1889), where a cheap opposition is 
emphasized between "cathedral-builders and 
café-haunters." The best views expressed, 
before the war, by an American observer, con- 
ceming the lasting qualities of French civiliza- 
tion, are to be found in Barrett Wendell's 
"France ofTo-day." 

P. 3. Ecussonnès, emblazoned; foyer cor- 



6o LES TRAITS ETERNELS DE LA FRANCE 

responds exactly to the word " home," bo often 
supposed untranslatable; passante is saîd, by 
a curious use of the French participle, of a 
Street with much foot-traffîc. Note the re- 
peated use of the adjective /rivofe; as a matter 
of fact, ''Mvolousness" was the most fré- 
quent reproach made by casual observers of 
France. 

Âbout the idea of "crusade" — that is, of a 
great disinterested cause to fight for, of some 
outrage to redress somewhere in the world 
— which is, in fact, more or less dormant 
in a true French heart, — it is interesting 
to note that in the works of Charles Péguy, 
quoted (p. 16) by M. Barrés as one of the 
first intellectual victims of the war, one finds 
thèse words: 

. . . Les Français, oomme ils sont, ce sont mes rneiU 
leurs serviteurs {God is supposed to say). 

Ils ont été, ils seront toujours mes meilleurs soldats 
de la croisade. 
Or il y aura toujours la croisade. 

(Ch. Péguy. Les mystères de Jeanne (F Are: 
III y Mystère des Saints IrmocentSj 1912, p. 112.) 

''La croisade": it means that the causes of 
the distressed will hâve to be helped, eter- 



NOTES 6l 

nally, and that France, having initiated the 
real Crusades, is faithful to her rôle in taking 
actively the side of the weak, the oppressed 
on earth. This, and the close and firm inti- 
macy of the French family are commonly 
hidden from the àght of the foreigners in 
Paris, merely interested in the amusing as- 
pects of a gay city. H. Dérieux (Le Livre 
(Theures de la guerre, Paris, 1918) sings in the 
same mood: 

. . . L'Aventurière 
Retrouvait son passé en devenant guerrière 
Et le sang des Croisés lui battait au poignet . . . 

P. 4. When France was caUed to arms, 
on the first of Âugust, 1914, the bells rang in 
the remotest churches, ail over the country. 
Barrés has often expressed his delight in the 
poetry of the bells, and that magnificent ap- 
peal of an attacked country to her valid 
population must hâve had, specially for him, 
something intensely touching. Cf. U Union sa- 
crée, p. 307. As the disestablishment of Church 
and State had left the rehgious life of the 
country more or less out of touch with the 
officiai world, it was like a resumption of 
former habits. 



6a LES TRAITS ETERNELS DE LA FRANCE 

Note a réminiscence of the old inscription 
engraved on many bells (used by Schiller in 
his "Song of the Bell"), Vivos voco, mortuos 
plango, fulgura frango . , . 

Le Départ or La Marseillaise, by Rude the 
sculptor (1784-1855), is the most popular of 
the groups adoming the pillars of the Ârc de 
triomphe de TÊtoile in Paris (begmi mider 
Napoléon the First in 1806, finished in 1836). 
The real title of the group is le Départ des 
Volontaires en 1792, but thèse singing war- 
riors rushing to the défense of their country 
are animated by the famous national hymn 
of France, the Marseillaise (sung for the first 
time in Strasbourg, in 1792). On the great 
artist, cf. J. Calmette, La Sculpture historié 
que et patriotique de Rude. Paris, 1909, or 
Marches de FEst, année 1909, n° 3. 

Ils, that is the Germans. ... An allusion, 
common in France, to the policy of intimida- 
tion practisedby Germany, specially after 1902. 

P. 5. En grande pompe, with great pomp. 
— The École militaire de Saint-Cyr, the West 
Point of France, has trained since 1808 for 
service in the infantry and cavalry the future 
officers of the French army. The outbreak 
of the war, as it coincided with the regular 



NOTES 63 

end of the school year for one of the classes 
{pronuAUm) in that school, gave a spécial 
pathos to the ceremony which marks the 
graduation of some hundred young men. 
Each class takes a certain name: promotion 
de la Grande Guerre^ promotion de la Croix 
da drapeau^ promotion de Monimirail, etc. 

P. 6. Jean Allard-Méeus has been quoted, 
too, by Barrés in the Atlantic MorUhly, Janu* 
ary, 1918. He was killed early in the war. 

Le major de la promotion is the student of 
the military school who, having entered the 
school with the highest mark, is considered 
as the responsible leader of the whole class. 

P. 7. U Alerte is the bugle signal calling 
to arms a troop of resting soldiers. 

Le casoar is, in military slang, the tuft of 
white and red feathers (from the bird of that 
name) which adoms — but not for actual 
action — the shako of the young Saint-Cyriens. 
It goes without saying that white gloves and 
red and white feathers on a cap made a splen- 
did target for enemy sharpshooters. As a mat- 
ter of fact, the casualties among those young 
officers were very heavy at the beginning of 
the war, and M arshal Joffre, then commander 
in chief of the French troops, instructed his 



64 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 

subordinates to stop such '*childish" ways. 
Nevertheless, the gallant and daring spirit of 
those youngsters had embued the men under 
their oommand with a similar courage. 

P. 8. Charleroi was, after the trespassing of 
the Belgian neutrality by the mvadin^ German 
armies, the first enoounter with the French 
troops, whîch, greatly outaumbered, had to 
retire to the line of the Marne (Âugust- 
September, 1914). 

P. 10. Ces messieurs (Tenfacey ironically the 
Germans. The slightest light, in trench war- 
fare, often meant ample shelling of a position 
thus betrayed by a cigarette, a match, and 
the Uke. 

En sourdine, mezza voce, in a subdued tone 
(as when a damper stops the vibration of an 
instrument). Il est né, le divin enfard, is the 
beginning of a popular French Christmas 
song (comparatively récent) of a pastoral 
character. Cf. J. Tiersot, Histoire de la chan- 
son populaire en France. Paris, 1889, p. 253. 

P. 11. Père Système is the slang name for 
the "major" of a class, in the Saint-Cyr 
military school. — Has the young Fayolle 
really used the word Boche as early as on the 
31st of July, 1914 ? It was decidedly some 



NOTES 65 

weeks af ter that date that it came to the 
marked prédominance it has preserved ever 
since. For its origin, cf. Lazare Sainéan, 
UArgol deê Tnmchées. Paris, 1915. 

P. 12. Gribouillage, scribbling, scrawl. Par 
nache, valor, gallantry, with a certain élément 
of ostentation. It was said already of the 
Celts, who formed the greatest x>art of the 
French population, that their spirit of daring 
went to the extrême and was accompanied by 
a certain temerity. Edmond Rostand, among 
contemporary ¥rriters, has been a great singer 
of ''panache" as "l'esprit de la bravoure." Cf. 
Â. G. H. Spiers, ''Rostand as an Idealist" in 
Columbia Quarterly Review, Âpril, 1918, p. 163. 

On the question of the very young officers 
in the French army — where it happens that 
a youngster of twenty is the commaiader of a 
Company of men of forty — cf. Capitaine 

Z , UOfficier et le soldai français; Paris, 

1917, chapitre Le jeune Chef: and Jean des 
Vignes-Rouges, André Rieu, officier de France. 
Paris, 1918. 

P. 14. The tum of mind of the younger 
French générations (specially after 1905) had 
not escaped real observers, who are not in* 
clined to believe in a sudden "miracle" chang- 



66 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANGE 

ing unexpectedly the gênerai spirit of the 
oountry. Many '"enquêtes" had shown how 
devoted to ihe préservation of their liberties, 
how decided to fîght for ihe best traditions 
of France, were thèse undergraduates or young 
intellectuals of pre-war France. Cf. Emile 
Henriot, A quoi rêvent les jeunes gens. Paris, 
1910; r Enquête sur la jeunesse nouvelle in the 
Revue hebdomadaire, Âpril-July, 1912; Aga- 
thon, Les jeunes Gens d'aujourd'hui. Paris, 
1914; G. Riou, Aux éœuies de la France qui 
vient. Paris, 1916. High schools, in France, 
are State institutions generally, and are called 
lycées. Collèges are municipal or private, but 
the State has a right of supervision over thèse 
too. The lycée Janson de Sailly, in the 
west of Paris, is one of the best high schools 
of the French capital. The teacher quoted 
hère is M. Samuel Rocheblave. ''Quarante 
années" is an allusion to the defeat of France 
by Germany in 1870-71. Dix-huit à gua- 
rante-huit ans is the extent of the draft âge 
in France at war. Tolstoï conversed with 
Déroulède in 1886, and the exchange of opin- 
ions between the Russian utopist and the 
French hyperpatriot must hâve been very 
interesting, those two kinds of idealism con- 



NOTES 67 

frontmg each other, extrême humanitarianism 
and extrême nationalîsm. Cf. J. J. Tharaud, 
La Vie et la Mort de Déroulède. Paris, 1914, 
p. 52. Tolstoï in his youth had been an 
officer in the Russian anny, serving in the 
Caucasus and elsewhere, a fact to which is 
partly due the beautiful book ''War and 
Peace." 

P. 15. "La beauté d'un sacrifice perpé- 
tuellement médité": this connects decidedly 
the State of mind of the elder soldier with the 
beautiful attitude expressed years ago by 
Alfred de Vigny in his book, Servitude et 
grandeur milUaires. The more instinctive 
courage of the young fighter may be illustrated 
by numerous mentions in dispatches (cita- 
tions à Tordre du jour) which concem the 
young soldiers. Read, too, Barrès's essay in 
the AtlarUic Monihly, July, 1917, "Young 
Soldiers of France." 

P. 16. François Laurentie, with his pa- 
thetic device Gemens spero, is mentioned by 
Barrés in La Croix de guerre (UAme française 
et la guerre, III, p. 295). That father of six 
children was killed the 12th of January, 1915, 
near Arras. He was bom in Paris in 1874 
and was a writer and educator of distinction. 



68 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANGE 

'*The war which muât end war": such is, in 
fact, the ordinary way French soldiers look 
at the great oonflict. 

The 20th Ârmy Corps was stationed in the 
East of France, with Nancy as headquarters, 
and most of the soldiers who belonged to 
its units, being natives from those provinces* 
were specially ready to défend their own 
strip of land. Faubourien^ inhabitant of a 
faubourg, is not a suburban dweller, but, in 
Paris, a man from the populous districts of 
the French capital; specially on the right bank 
of the Seine, the "faubourgs" (Montmartre, 
La Chapelle, etc.) begin from the inner circle 
of "boulevards." The retreat, in September, 
1914, was just before the French vîctory of 
the Marne. Victor Boudon has written Avec 
Péguy de la Lorraine à la Marne (Paris, 1916), 
where the Unes quoted by Barrés will be 
found, p. 122. 

P. 17. Projecteurs^ searchlights (against air- 
craft in night time). Offrande, devout offering, 
oonsented sacrifice. Binet-Valmer is a French 
writer of Swiss origin who had practically to 
volunteer in order to find a place in the ranks. 

The battle of Verdun began on February 
19th, 1916, and was stiU raging when Barrés 



NOTES 6g 

delivered his London address. The attacks 
of the German troops had less and less inten- 
sity throughout the summer, iintil, from the 
begûming of the winter, the French troops 
were able to recapture most of the ground 
previously.lost, including the forts of Vaux 
and Douaumont. 

P. 18. Rudyard Kipling has devoted en- 
thusiastic pages to the French nation, and 
specially to the French soldier, in a pamphlet 
published in French under the title La France 
en guerre. 

Sans-eubtUsme, crude republicanism (allud- 
ing to the '"sans-culottes" under the Jacobin 
govemment of the French révolution, who 
suppressed every sign of authority); gogue- 
nardise, scofifing ways. On the discipline in a 
démocratie army, many books hâve been pub- 
lished in France, from the delightful Pingot 
et moi by Art Roë (Paris, 1893) to professional 

essays. See Capitaine Z , UOfficier et le 

soldat français (Paris, 1917). 

P. 19. Exilés, sent into exile, because the 
reKgious orders in France, dissatisfied by the 
disestablishment of Church and State, had 
to leave the country. Ail the members of 
religions orders, however, who were of military 



70 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 

âge, rushed to France to take their places in 
the ranks. Gustave Hervé is the editor of a 
socialistic paper, La Victoire (before the war La 
Guerre sociale), which has vigorously advocated 
war to the finish, in order to make the world 
safe for humanity . Mystique, the properly irra- 
tional part of a religion. True intemational- 
ism, in fact, must be utterly opposed to the 
idea of world dominion as the German ambi- 
tion aims at it. On thèse and similar ques- 
tions, see Barrès's Diverses familles . . . 

P. 20. Lieutenant-Colonel Driant, a mili- 
tary writer who had foreseen some of the con- 
ditions of the présent war, was kiUed before 
Verdun on the 22nd of February, 1916. See, 
about his death, Henry Dugard, La BataîUe 
de Verdun, Paris, 1916, p. 286, and Barrés 
himself in the AtlarUic Monthly, June, 1918. 
The esprit de corps, a well-known state of 
mind, may assume a sort of collective spirit- 
uality which is very beautiful, and is remark- 
able in certain units, the '"crack troops'* 
being really animated by that collective 
soûl. Roland Engerand, a young Roman 
Catholic soldier of a magnificent dévotion, 
has often been quoted by Barrés. In the 
spring, 1915, in Artois, some severe fighting 



NOTES 71 

took place, where it seemed for a moment that 
the German Unes had been broken. 

P. 21. Uniformes d'azur, horizon blue uni- 
forms, the oolor adopted by the French armies 
shortlyafterthebeginningof thewar. Aspirant, 
candidate for the rank of Second Lieutenant, 
and acting provisionally as such. Division de 
fer was the title ordinarily given, even before 
the war, to the llth Division (20th Corps) 
and Division dairain or dacier to the 39th 
Division (the same). 

P. 22. Manchons bleus, blue coverings, be- 
cause it had been proved (before the adoption 
of the horizon blue uniform) that the danger- 
ous visibility of the red parts of the French 
uniforms ought to be reduced by a less vivid 
color like blue. Hirsutes, unshaven. ''Ne 
vous en faites pas'' (Ne vous faites pas de 
bile, pas de mauvais sang), "Don't worry"; 
''On les a eus'' (Nous avons eu le dessus sur 
les ennemis), "We hâve got them." 

P. 24. The épisode where that wonderful cry 
was uttered: ''Debout les morts 1" has been 
often described. 

The Bois Brûlé, near Âpremont, is in close 
touch with the jGbrst American sector North- 
west of Toul. The Germans there tried in- 



73 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 

cessantly to enlarge their gains from the 
beginning of the autumn of 1914. It was 
one of the points of the front where trench 
warfare consisted mainly in continuons fight- 
ing at a near distance. Very often, it would 
hâve been possible for either party to push 
along: the mutual ignorance of the adverse 
forces, the impossibility of a really substantial 
success in thèse districts, restricted most of 
the actions to very indiffèrent tactical affairs, 
though very often quite costly in casualties. 

P. 25. Pdre-éclatSy a device (made ont of 
wires, metallic plate, etc.) for keeping stray 
bits of shells and bombs, shrapnel and the 
like, from the neighboring trench. Note the 
elision of the verb in the sentence: "Puis, 
un coup de volonté, et je me décide," render- 
ing more directly the décision of the offîcer. 

P. 26. Boyaux de repli, trenches back of 
the first firing trench, in which a troop can 
take shelter and continue action when the 
first trench is under fîre; or, as hère, the 
main attack progresses through such shelter 
trenches, hand grenades being thrown from 
there at the French. F , . . means the slang 
Word ficher (or worse) which is supposed to be 
just conversational, but not possible in print. 



NOTES 73 

^^ Debout les morts!'* In whatever form 
this OTder may hâve been given by Lieutenant 
Péricard, it is a beautiful symbolic saying, 
as if the living, struggling génération was 
backed and helped by the long séries of 
the dead. The wounded who were lying in 
the trench went to the rescue, and it was as 
if, really dead, they had brought a reinforce- 
ment post mortem to the living who had be- 
lieved in them. 

P. 27. Êraillé means properly fretted, wom 
away by irregular friction; hoarse. '*La foi 
qui soulève les morUagnes,'' expression borrowed 
from the Bible: Matthew XYII, 20. 

P. 28. The impression of magnified inten- 
sity of life bas often been felt by the fighters, 
being mostly followed by a corresponding 
period of dépression. Lieutenant Péricard 
acknowledges (p. 29) that he was not at ail a 
hero, that he was subject to fear; which lends 
more veracity to his taie of an extraordinary 
moment, where he was lifted high above the 
ordinary conditions of feeling and thinking. 
The story of this adventure, however, bas 
been told differently: cf. Les Vertus triom- 
phardes, a book of war anecdotes and sayings 
collected by Carlos Larronde. Paris, Larousse, 



74 l'Es TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANGE 

p. 31. Barrés had mentioned the sublime ex- 
clamation of Debout les morts as early as July 
15, 1915 (Pour les Mutilés, p. 75). It is the 
subject of a prize poem to be "crowned" by 
the French Academy, and has already been 
treated in verse by some French writers. 

P. 32. Having so far collected some beauti- 
ful sayings and doings related to the fighting 
France of to-day, Barrés now proceeds to 
connect the attitude of the présent généra- 
tion with the chevaleresque bravery and élé- 
gant heroism which hâve been chronicled, in 
former centuries, by legend, epics, and his- 
tory. He was helped a great deal, when re- 
vising the French Middle Ages, by M. Bédier, 
a distinguished French scholar who has made 
médiéval epics his spécial field of study. 

Vin, froment, sang: wine, wheat, blood, as the 
essentials of food and life according to ancient 
wisdom and symbols. Regorger, to abound. 
The chansons de geste are the heroic, mainly 
anonymous poems of médiéval France, deal- 
ing chiefly with Charlemagne (742-814) and 
his knights, or with Celtic or ancient tradi- 
tions. Sanda plebs Dei, God's holy multi- 
tude, a name given to the Christian ''small 
fry" which took part in the Crusades, merely 



NOTES 75 

because God's call seemed to oommand the 
reacue of the Holy Land from the hands of 
the Mohammedans {Deus vuU, Deu le volt). 
Mis à V ordre de Varmièe, mentioned in army 
diq[>atches. In connection with a mention à 
V ordre du jour, a war-cross is the distinction 
awarded to distinguiahed military courage in 
the French armies. An aviator, for example, 
receives a "pahn" on the ribbon of his war- 
cross for every enemy airplane which has 
been brought down by him. 

P. 33. Aymerilhl is the hero of the epic 
Aymeri deNarbonne, and has been recalled to at- 
tention by Victor Hugo in a poem of his Légende 
des Siècles. Roland is the weU-known paladin 
of the Chanson de Roland, while Guy de Bour- 
gogne, whose name has been given to another 
epic, symbolizes the spirit of a new army of 
young Frenchmen coming to reinforce Charle- 
magne's hosts m Spam. Les Monimirail, les 
Croix du drapeau, that is, the class of the 
Military School having thèse collective names. 
Young Vivien is the hero of a cycle of French 
médiéval epics, where this eplendid youth, 
his father Garin being a prisoner in the hands 
of the Mohammedans, is brought up by his 
uncle Guillaume, goes into captivity in order 



76 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 

to release his father, fights and dies in his 
prime. It is in La Chevalerie Vivien (éd. 
Terracher. Paris, 1909, vers 40) that he 
makes the vow never to retreat "plain piet 
de terre," and in Le» Aliscans (Halle, 1903, 
vers 848) that he remembers, dying, his 
former pledge: 

Au jor que primes deué mes aimes porter, 
A dieu vouai, ke l'oirent mi per, 
Ke ne fuiroie por Turc ne por Escler 
Lonc une lance . . . 

Jacques de Vitry, a French chronicler of 
the XlIIth century, has left, among other 
records, an Histoire orientale which depicts 
the conditions in the Holy Land under the 
Christian princes. The quotation is from the 
Exempla of Jacques de Vitry, éd. Crâne, p. 57. 

Before Jaffa, in the summer of 1252, Saint 
Louis, king of France, was seen working 
in the trenches like the humblest private. 
"Le roy meismes y vis-je mainte foiz porter la 
hôte aux fossés." Joinville, Histoire de Saint 
Louis, publiée par la Société de l'Histoire de 
France. Paris, 1868, p. 185. 

P. 34. ''Nuls n'est vilains s'il ne fait 
vilenie": a saying for which may be found 



NOTES 77 

an exact oorrespondence, in fact, in Comeille's 
Menteur, where Géronte, an old nobleman, 
dénies to bis son, convicted of falsehood, the 
tille of a "gentilhomme'*: 

Qui se dit gentilhomme et ment comme tu fais. 
Il ment quand il le dit, et ne le fut jamais. 

(Acte V, se. III) 

Barrés had already, in December, 1914, in- 
sisted on *4a 'gentillesse' française" {Saints de 
la France), that is, according to etymology, 
the '* gentlemanliness " of the French soldier, 
as contrasted with Grerman "frightfulaess" and 
deceit. He had quoted, then, a characteristic 
saying of the Roman de la Rose: ''Gentillesse 
de lignage n'est pas gentillesse qui vaiUe" and 
pointed out the links Connecting the simple 
private of the French armies with the knights 
of former days. 

The bishop of Le Puy (in the central part of 
France) was Adémar de Monteil, who died 
at Antioch on the Ist of August, 1098. The 
quotation is from Robert La Moine, His- 
toria HierosolymUana, in Migne, Pairohgie, 
Vol. cxv, p. 728. 

Domremy is the native place of Jeanne 
d'Arc, the symbolic figure of French dévotion 



78 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 

to oountry. The sire de Bourlémont was 
a cousin of Joinville, the historiographer of 
Saint Louis; so there is a sort of historîcal 
and geographical connection between the hero- 
ism of the last Crusades and the main mani- 
festation of national résistance in the French 
people. The passage mentioned hère is to be 
found on p. 149 of the édition of Joinville 
quoted above. It has often been given as a 
fine example of leaders' loyalty to their men. 
Cf. Les Marches de l'Est, Jan. 15. 

P. 35. In the old poem Aliscans (Les an- 
ciens Poètes de la France, p. 22 ss.) the beauti- 
ful épisode quoted hère — with some length, 
if one considers the composition of Les Traits 
éternels — reads as follows: 

Vivien vit gesîr sor un estanc, 

Desos un arbre foillu et verdoient, 

A la fontaine, dont li dois sont oorant . . . 

Ses blances mains sor son pis &i croisant . . . 

"Niés Vivien, mar fu, jovente bde. 

Ta grant proece, ki tos tans ert novele . . . ** 

"Niés, dist Guillaumeâ, or te fai bien certain 

De tes pécchiés vrai confés aparmain. 

Je sui tes oncles, n'i as or plus prochain, 

Fors damedieu, le verai soverain; 

En lieu de dieu serai ton capelain, 

A cest bautesme vuel estre ton parrain ..." 

Guillaumes pleure, ne se puet saouler. 



NOTES 79 

Vivien fist en son giron dîner, 

Molt doucement le prîst a aooler. 

Sor sa poitrine mist son chief reposer, 

Molt bêlement li prist a regreter. 

Dont se commence Tenfes a confesser; 

Tôt li gehi, n'i laissa ke conter 

De che k'il pot savoir ne ramenbrer. 

DistViviëns: "Molt suior trespensés: 

Au jor que primes déuc mes armes porter, 

A dieu vouai, ke l'oïrent mi per, 

Ke ne fuiroîe por Turc ne por Escler 

Lonc une lance, a tant le puis esmer. 

Ne de bataille ne me verroit tomer, 

Ke mort u vif m*i porroit on trover. 

Mais une gent me fist hui retomer. 

Ne sais com lonc, car ne le puis esmer; 

Je criem, mon veu ne m*aient fait fauser.*' 

"Niés, dist GuUlaumes, ne vous estuet douter.*' 

A icest mot li fait le pain user, 

En Fonor dieu et le col avaler . . . 

On the pathetic bonds of kinship between 
uncle and nephew, as expressed in such an 
épisode, cf. Famsworth, "Uncle and Nephew 
in the Chansons de Geste." New York, 1910. 

Ramure is a poetical word for the network 
of branches. 

P. 37. The siège of Ascalon (in Syria) took 
place in 1153. The quotation is from the 
Exempla of Jacques de Vitry, éd. Crâne, p. 39. 

Lacs, lacets, strings; frêne, ash. 



8o LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 

"Ancîent" and "new" law, that is the 
law of Moses and the law of Christ, as 
partly différent and partly identical, hâve 
often been symbolized in médiéval architec- 
ture and imagery. Cf. E. Maie, Uart reli- 
gieux du XlIIe siècle en France (1* édition, 
Paris, 1898). An idea of permanence — emî- 
nently interesting for Maurice Barrés, who is 
a great supporter of "traditional" traits m 
any given community — was made, in that 
way, discemible: Jonah's whale and Christ's 
sepulcher, the bush on Sinai and the crib in 
Bethlehem are only two aspects of the same 
realization. 

P. 38. Zouaves were originally recruited from 
the Khabile tribe the zouaoua, whose name they 
took; this was as early as September, 1830, 
the year of the occupation of Âlgiers by the 
French. They consist now of régiments en* 
tirely recruited among the French popula- 
tions, and are "crack" troops of the French 
army. 

TÎie siège of Ântioch, during the First 
Crusade, was one of the most difficult moves 
preparatory to the capture of Jérusalem 
(1097-98). Many chroniclers hâve dwelt on 
that épisode: cf. the Recueil des historiens des 



NOTES 8l 

Croisades. Paris, 1844 sqq. The détail quoted 
hère is from a sermon of Etienne de Bourbon, 
a Dominican father of the XlIIth oentury 
(Ed. Leooy de La Marche, 1877, p. 91 : "in 
signum adquisiti gaudii, inter manus eorum 
ridebat"). 

Louis, chevalier d'Âssas (1733-60), was a 
captain in tiie régiment d'Auvergne who, in 
the night from the ISth to the 16th of October, 
1760, is said to hâve entered alone a wood 
where he was surrounded by enemies and sum- 
moned to silence; he uttered the heroic cry 
which made his sacrifice famous: ''A moi, 
d'Auvergne, c'est l'ennemi !" The first writer 
who related the story of his heroic death is 
Voltaire in his Siècle de Louis XV ^ chap. xxxiii. 
Cf. Loiseleur, La Légende du chevalier dCAssas 
in the Retue des questions historiques, 1872. 

A similar épisode happened in Algeria, 
at Sidi Brahhn. Cf. G"^ Du Barrail, Mes 
Souvenirs, t. I, p. 279. 

P. 39. Biaise de Montluc (1501-77) was one 
of the most determined fighters of the period of 
the religions wars in France. In his Comment 
iaires, he mentions his wounds in the follow- 
ing words: **J'en ay rapporté sur moy sept 
arquebousades pour m'en ressouvenir, et plu* 



82 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANGE 

deurs autres blessures, n'ayant membre en 
tout mon corps où je n'aye esté blessé, si ce 
n'est le bras droict." (Société de Thistoire 
de France, Paris, 1867, t. III, p. 499.) 

Godefroy de Bouillon (1058 ?-1100) was one 
of the leaders of the First Crusade and the 
king elect of Jérusalem in 1190. His story 
bas been mainly related by Guillaume de 
Tyr, who was an archbishop of Tyr in 1174. 

Barrés bas mentioned elsewhere the poet 
Charles Perrot, killed before Arras on the 
23rd of October, 1914, in the ranks of the 
237th régiment of infantry. He was the au- 
thor of a volume of verse, La Phirde inté- 
rieure. {La Croix de guerre, p. 296.) 

The épisode alluded to, about Erard de 
Sivry taking the advice of six knights before 
going to ask for reinforcements, is told by 
Joinville in his Histoire de Saint Louis (Société 
de l'histoire de France, p. 79). 

P. 40. The Bois de la Grurie is one of the 
woods in the Argonne forests, where the iSght- 
ing was speciàlly violent during the first years 
of the war. Grurie or gruerie, in that geo- 
graphical name, comes £rom a word of Ger- 
manie origin designating certain feudal rights 
in the forests. Boyau, a trench leading to real 



NOTES 83 

fibring trenches, and serving ordinarily only for 
communication; so, if fighting takes place hère, 
the men are as a rule much less under cover 
than in "organized" trenches. In Pas Saladin, 
pas has the meaning of passage, which is still 
found in some geographical names like Pas 
de Suze, etc. In the Third Crusade, Richard I 
**Cœur de Uon" distinguished himself among 
other knights, "mirror of knighthood." The 
names of the heroes who, on the 5th of 
Âugust, 1192, fought in a mountain pass 
against an immense army are given in a little 
poem, Le Pa^ Saladin. 

P. 41. Ils sont trop ! is often used, in French, 
as a hmnorous saying, meaning an impossible 
but useless détermination of numbers. Hère, 
as in the supposed original use of this exclama- 
tion (when a soldier in Napoleon's army saw 
at Waterloo the increasing number of the 
enemy), it is simply pathetic. 

The American reader will be interested, for 
a more gênerai définition of the spirit which 
prevailed in the times of the différent Cru- 
sades, in the work of Henry Osbom Taylor, 
" The Médiéval Mind." London, 1911, 2 vols. 
See especially t. I, p. 535 (Godfrey as a type 
of the '*perfect, single-hearted, crusading 



84 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANGE 

knight, fighting solely for the Faîth '')» P- 539 
(the clear figure of Saint Louis), p. 546 (where 
the same épisode of Erard de Sivry is quoted), 
t. II, p. 41 (about médiéval symboUsm). 

P. 42. The author cornes now to his conclu- 
sion, which is that, when a great cause incenses 
the French people to fight, there is a sort of 
religions idea which inspires them. The French 
soldier, in the Crusades, in the wars of the 
Révolution, in the présent struggle, is not 
fighting for material goods, but for the en- 
forcement of a moral truth in which he be- 
lieves, which he wants to convey to others in 
order to better the world. "Dieu le veut" 
was the motto of the crusader. "La Répu- 
blique nous appelle" begins the refrain of the 
''Chant du Départ the celebrated song, by 
M. J. Chénier and Méhul, which, along with 
the Marseillaise, inspired the soldiers of the 
French Révolution. L'an II (from the 22nd 
of September, 1792, when the French Repub- 
lic was proclaimed) is the second of the " Ca- 
lendrier républicain." Cri dormes, war cry. 

The verse quoted is from the Chanson 
de Roland, vers 1134, and is pronounced by 
Ârchbishop Turpin, blessing the kneeling army 
of Charlemagne. 



NOTES 85 

P. 43. Guerre de proie, a war aiming at 
spoils; uruinimej without dissent. 

Barrés has been specially interested in 
what he calls La terre et les morts; and the 
graves where the dead of former âges testify 
the continuity of a tradition has been one of 
the most pathetic motives of his works. He 
supposes that the French soldier is always 
inspired by the secret virtue of his dead prede- 
cessors, and at the same time that the French 
ideals are of such a gênerai and human char- 
acter that they may bring benefit to the whole 
world — which, in fact, has often been the 
case in history. So it is that the purposes of 
France may be identified with those of reUgion 
or of humanity. 

P. 44. lignages, lineage, pedigree. Note 
the inversion: "Puissent émouvoir vos âmes 
(complément) ... les actes (subject)." 

P. 45. In the expression la Fille Dieu, note 
the persisting form of a possessive case as in 
Homme Dieu, Mère Dieu, etc. 

Barrés mentions briefly, hère, what may 
be called the "realistic" sides of France's 
war aims — or rather such considérations 
which may hâve played in, after the country 
had accepted the German challenge and con- 



86 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 

sented to bear the brunt of fhe onslaught: 
Ist, the maintenance of France as a perfect 
unit, when the curtailing of the country would 
be more than diminution, a dîsfigurement; 
2nd, the vital necessity, for the safeguard of 
the country, of Strasbourg and Metz which 
Germany took after the war of 1870-71; 
3rd, the equilibrium of a nation which, like 
France, belongs to a southem and to a north- 
em zone and must hâve a fair mixture of 
both éléments; 4th, miUtary safety, claiming 
for a country where the capital îs very near 
the north-eastem frontiers a sufficient bar- 
rier in that direction, making it impossible to 
rush too quickly — as the Germans tried to 
do in 1914 — towards the vital organs of the 
country in war time. Ail thèse considéra- 
tions hâve taken place in war pamphlets; note, 
however, the absence of merely économie cir- 
cumstances, so intensely dwelt upon by Ger- 
man leaders. Coal fields or oil wells, as a 
matter of fact, seem to the French spirit infi- 
nitely less worthy of considération than the 
détermination of the inhabitants of a certain 
soil. And, as an animating and inspiring 
motive, comes this dévotion to a superior 
cause which is so vividly presented by our 



J 

NOTES 87 

writer. À fiimilar présentation may be found, 
before the war, in G. Hanotaux, Im, Fleur des 
histoires françaises. Paris, 1911, and — spe- 
cially interesting for American readers — in 
the définition given of the French idéal by 
G. Lanson at Chicago (cf. Compte-rendu du 
troisième Congrès de langue et littérature fran- 
çaise, p. 49). 

P. 46. Bayard, ''le chevalier sans peur 
et sans reproche," lived under the French 
kings Charles VIII, Louis XII, François I 
(XVIth century). His life has been written 
by Jacques Joflfrey, "le loyal serviteur." 

Turenne (1611-75) was a French gênerai 
under Louis XIV, and so fine a type of manly 
virtues, that his chief adversary, the Austrian 
gênerai Montecuculi, exclaimed when hearing 
of his death: "Â man is dead who honored 
man." Marceau (1769-96) received, dying, 
the homage of the Austrian staff. 

The Word as well as the idea of pré- 
figuration^ which is the crucial point of this 
whole passage, belongs to theology, and is 
represented in EngUsh by the same word 
("The personages and events of the Old 
Testament were for the most part regarded as 
préfigurations of those of the New." East- 



^^ 



88 LES TRAITS ÉTERNELS DE LA FRANCE 

Iake, 1851; etc.). Barrés is eminently fond of 
such an idea, and uses the same word in 
Les diverses Familles spirituelles de la France^ 
p. 222, where ihe outUnes of a more eplendid 
France appear to him through the features of 
the young soldiers who sacrificed thernselves in 
order to make it possible for their country to 
liveon: "0 sainte préfiguration I" Le fait, the 
attribute, characteristic feature. 

P. 47. credo, creed, as the Apostles' or the 
Nicene creed — from the first word in the 
Latin version, credo; Gesia Dei per Francos, 
''God's deeds through the French," has been 
an ecclesiastical désignation of the spécial 
part taken by France in the Crusades; used 
first by Guibert, abbot of Nogent, it is the 
title of a relation of them, by Jacques Bongars* 
with the subtitle: . . . sive orientaliwn expedi- 
tionum . . . historia (Hanoviae, 1611). It 
seems to hâve its origin in Grégoire de Tours. 

As to the epirit which Barrés saw, from the 
first month of this war, animating the yoimg 
générations of French people, and to the r&- 
newed significance brought to the nation by 
this fact, cf. bis early articles of August 22, 
and of September 16, 1914 (U Union sacrée^ 
pp. 77 and 199). 



NOTES 80 

Dying sayings of French soldiers, devoted 
to their country, and beautiful pages writ- 
ten, just before action, to their families by 
young officers, hâve been, so to say, a spé- 
cial field of study for Barrés; his sensé of 
the tragic as well as his own patriotism found 
hère a congenial atmosphère; cf. his articles 
in the Atlantic Monthly, July, 1917, and Janu- 
ary, 1918. 

P. 50. The îdea of the Arc de Triomphe 
as a fitting frame for the final parade of the 
French armies, after victory, has been a 
favorite one with fighters and artists. Cf. 
Les Saints de la France, p. 139, where Barrés 
mentions that terminal parade, and a poster 
by Sem, showing the poilus parading under 
the Ârch, led by the armies of the French 
Révolution. 

General de Castehiau was at the head of 
the second French army in the summer of 
1914, and stopped the German advance before 
Nancy. He has lost three sons on the field 
of battle. Hostie, consecrated wafer (for com* 
munion). 

P. SI. Épanouissement, blowing of flowers. 
Many beautiful letters from bereaved mothers 
hâve been published in Les Vertus triomphardes; 



•V'^. 



go LES TRAITS ETERNELS DE LA FRANCE 

two are to be found in Barrès's Voyages de 
Lorraine et (T Artois, pp. 226 and 247. But 
the secret sorrow of thousands of others will 
remain more pathetic, perhaps, because unex- 
pressed and unpublished. . • • 



fini 
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